Des anomalies
Ce roman est parsemé d’anomalies. Avec application, j’ai tenté de briser les principales règles qui constituent un récit littéraire classique. Comment ? À vous de le découvrir. Dans quel but ? Pour servir le propos intime tissé en filigrane durant cette fiction, notamment notre rapport aux normes, aux règles et au plaisir qu’on peut tirer à s’en affranchir.
D’abord, le style narratif évolue sans cesse durant l’intégralité du récit : d’une narration « classique » à la première personne, le roman se transforme en pièce de théâtre, puis en script dialogué, en poème… De plus, la construction de l’intrigue se base sur un procédé étonnant : chaque chapitre est en réalité un message vocal, envoyé par le personnage principal à destination de son amant resté à Bruxelles ; ces messages sont entrecoupés de SMS, d’articles de presse, de pages internet… Ces choix narratifs ne doivent rien au hasard. Ils reflètent la manière dont nos voix, aujourd’hui, peuvent être fragmentées et dissonantes à travers les échanges digitaux.
Autre spécificité ? Toute l’intrigue se déroule sur moins de 3 jours : ce roman est un huis-clos composé d'un long plan séquence, quasiment sans ellipse, sans pause pour reprendre son souffle. Le lecteur, comme le personnage principal, sont invités à plonger en apnée de la première à la dernière page du roman — je leur souhaite un agréable voyage.
Enfin, soulignons que sur l’île où se déroule l'intrigue, aucun personnage n’a de nom. L’île elle-même n’est jamais nommée. Le personnage principal est uniquement appelé « le touriste », rien de plus. Quant à l’endroit qui concentre tous les mystères, il s’appelle simplement Le Bâtiment. Ces absences renforcent à la fois l’universalité et l’ambiguïté du récit : ces gens et cette arène pourraient être n’importe où, n’importe qui, n’importe quand. Le roman devient dès lors un miroir, où les inquiétudes contemporaines se reflètent dans le regard du lecteur…