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Le mot de l’éditeur : La Grenade, deux ans déjà...

La Grenade fête son anniversaire ! A cette occasion, Mahir Guven, directeur littéraire du label, revient sur les moments forts de ces deux années. Déjà 2 ans et 17 grenades, à vos côtés ! Ce n'est que le début...

Rien n’est plus beau que de créer. Rien n’est plus naturel. Il suffit d’observer les mondes inventés par les enfants avec un feutre et une feuille pour se rappeler les grands créatifs que nous avons été. A l’âge adulte, certains s’arrêtent, d’autres continuent, je passe les raisons pour en venir au constat que je faisais il y a quelques années. Il manquait des textes dans le paysage littéraire français. De trop nombreux talents passaient sous le radar des éditeurs, et en conséquence des libraires et des lecteurs. Des plumes ne trouvent jamais d’encre. Des histoires s’enterrent et s’oublient. Dans certains milieux, on ne s’autorise plus à créer, et encore moins de la littérature.

Toujours à l’affût de nouvelles voix, Véronique Cardi partageait mon sentiment. Mais dès lors, comment y remédier ? Comment enrichir la scène littéraire ? Comment trouver ces histoires en sommeil ? Comment offrir une chance aux aspirants auteurs qui ont de l’énergie, un propos, un style, mais manquent de soutien, de modèle et de contacts pour publier un livre ? Comment intéresser des lecteurs qui ne se reconnaissent pas dans la production ?

Il nous fallait construire bien plus qu’une collection, presque un studio de création, un atelier de confection de textes, une sorte d’école sans professeur, un phalanstère où l’entraide, la discussion, l’échange permettraient à chacun de se nourrir de la force du collectif pour mener son projet d’écriture. Créer sa beauté.

Nous nous sommes inspirés de nos confrères de la musique et La Grenade est devenu un label de littérature au service de notre pari.

En mars 2020, le premier roman du label, Et je veux le monde de Marc Cheb Sun, a atterri sur les tables des libraires. C’est un opéra urbain très audacieux qui a tout de suite attiré l’attention des journalistes. Au même moment, une pandémie nous obligeait à rester chez nous. Qu’à cela ne tienne, il fallait réagir pour éviter à La Grenade de faire psschittt, nous avons organisé des ateliers d’écriture sur les réseaux sociaux, en direct. Nous voulions faire vivre notre passion des mots, offrir des clés et éventuellement faire naître des vocations dans ce moment suspendu. Très vite, une communauté de lecteurs et auteurs issus des quatre coins du monde francophone s’est formée. Leurs encouragements et leur enthousiasme n’ont cessé de nous porter. Un journal américain nous a appris que nous étions parmi les premiers au monde. Un peu de gloire ne fait de mal à personne.

Pour notre première rentrée littéraire, nous avons défendu Noces de jasmin, premier roman d’Hella Feki sur la révolution tunisienne, puis Confusions de Marie Tanguy, le récit de l’ancienne plume de notre président alors candidat. Première déflagration. Dès la publication du premier article, les réseaux sociaux se sont emballés, le téléphone n’a cessé de sonner pendant une semaine. Dans le même temps, il fallait travailler les textes avec les auteurs, apprendre à devenir éditeur, trouver la limite avec mes projets littéraires. Dans ce travail, je dois saluer le soutien sans faille de Jeanne Morosoff, éditrice chez JC Lattès. Je me suis nourri de la fraîcheur de son regard et les textes ont été soumis à la rigueur de ses convictions éditoriales.

Nous avons continué avec La Colline à l’arbre seul d’Abdelhafid Metalsi et les souvenirs romancés d’un auteur au cœur tendre, Grande Dorsale de Nicolas Defoe et sa passion pour l’Argentine, les tatouages, Pandorini de Florence Porcel, un texte important qui a libéré la parole de dizaines de femmes sur les agissements d’un journaliste star, Clandestinement vôtre de mon très cher Charles-Cédric Tsimi, styliste hors pair, doté d’un sens de l’humour à réveiller un cimetière.

Premier grand succès du label, La Sainte touche est arrivé par la poste rue Jacob, première étape d’une success story qui conduira Djamel Cherigui de sa petite épicerie à La Grande Librairie, et du soutien de sa région de Roubaix à l’enthousiasme de toutes les librairies de France. Plus au Nord, L’Année la plus chaude de Maxime Bultot nous a amusés, émus et emmenés dans la Belgique de l’ennui. Idole de mon adolescence, devenu ami, conseiller et confident, Oxmo Puccino a fait entrer la lumière dans le deuxième été de notre label avec Les Réveilleurs de soleil, conte poétique d’une intemporelle modernité. A la faveur de l’automne, Quand la ville s’éteint de Julia Pialat, sera porté par son regard sans concession sur la jeunesse branchée de Paris et Je ne sais toujours pas si j’aime la boxe de Brice Faradji, un double champion du monde du noble art, par ses phrases percutantes, son parcours extraordinaire et sa simplicité hors norme qui lui ont valu une sélection au prix Jean d’Ormesson. Enfin Frôler les murs de Tessae, a offert à l’année 2021 le témoignage lumineux d’une adolescente harcelée à l’école qui a trouvé son air dans la musique, au point de devenir chanteuse.

2022 met le feu avec Londres a beau être une ville laide d’Ornella Pacchioni, un ovni littéraire, le récit moitié Sagan moitié Despentes d’une jeune femme perdue dans la capitale londonienne, N°55.852 d’Adama Camara, le récit autobiographique écrit sur des carnets en prison d’un homme de trente-trois ans qui en a passé cinq au placard pour avoir voulu venger son frère mort après une bagarre adolescente, La Poule et son cumin de Zineb Mekouar, grande fresque du Maroc contemporain racontée par l’histoire de deux amies que tout sépare, l’une fille de bonne, l’autre riche héritière, et enfin Enfances abandonnées de Nadia Hathroubi, notre première enquête choc sur les enfants des rues de Paris.

Dix-sept livres ! Autant de femmes et d’hommes issus de tous horizons, qui ont offert leurs histoires, leur imagination, leur regard, leur plume au patrimoine littéraire français. Un travail de longue haleine essentiel par les temps qui courent.

Dix-sept livres et deux bougies, nous apprenons tout juste à marcher, la suite s’écrira toujours avec nos grenadiers, les lecteurs et les libraires, toujours en aimant les livres, la littérature. Nous ne savons pas faire autrement.